dimanche 18 février 2007

Une rencontre


Dans le train de Delhi à Varanasi, j'ai eu la chance de partager le compartiment de quelqu'un de passionnant ; elle s'appelle Juhi Sinha, a un âge fort respectable et un mari ancien ministre de plusieurs gouvernements indiens. De son côté, elle produit et réalise des documentaires sur différentes régions de l'Inde. La conversation à bâtons rompus toute la matinée m'a permis de confronter mes impressions furtives sur le pays à sa connaissance fine. Non contente d'être extrêmement cultivée et donc passionnante, elle s'avère d'une grande gentillesse et m'invite à passer la voir à Delhi.
De retour de mon périple au Rajasthan, je prends donc le chemin de Panchsheer Park, quartier résidentiel de New Delhi. Elle m'accueille avec un sourire bienveillant malgré mon grand retard lié aux embouteillages monstrueux et à ma méconnaissance totale du quartier, peu aidé il est vrai par un chauffeur de rickshaw qui n'avait jamais du mettre les pieds dans le coin auparavant.
Je reconnais alors l'homme que j'avais furtivement aperçu portant ses valises jusqu'a son compartiment : son ministre de mari! Lui aussi fait preuve d'une grande attention et m'accueille avec simplicité et gentillesse. Juhi me raconte le tournage à Bénarès et m'écoute raconter mes impressions. Content de pouvoir échanger avec quelqu'un de cultivé, qui a voyagé, étudié, apprécié la finesse des cultures asiatiques et européennes.
Intéressant aussi de découvrir l'intérieur d'Indiens aisés, leurs murs tapissés de souvenirs de voyages dans tout le pays, leur collections de bibelots de bon goût.
Ils pensent venir en France en mai et je me ferai un plaisir de les accueillir alors...

Dernière étape : Agra


En arrivant a Agra, un seul but : découvrir le Taj Mahal. Ce monument est en fait une tombe, celle que le Shah Jahan, empereur moghol, avait fait construire pour sa maîtresse, Mumataz Mahal. Il fait encore nuit lorsque le site ouvre, à 6 heures, puis rapidement les premières lueurs du jour viennent donner une vision furtive, dans la brume, du palais. Celui-ci se découvre ensuite petit à petit, laissant émerger la parfaite symétrie des tours et des bassins qui mènent de la porte d'entrée au batiment lui-même.



Puis le soleil fait son apparition, les brumes disparaissent et le Taj est là, majestueux, tout en légèreté, en harmonie. Pour qui a vu les flèches émerger petit à petit de la nuit et des brumes, le spectacle est assez émouvant. Les murs de marbre blanc sont décorés de fleurs sculptées ou peintes et de reproductions de sourates du Coran. Une grande douceur émane du lieu, quelque chose de paisible malgré le nombre croissant de touristes qui afflue à mesure que le jour avance. Certainement un des moments dont je me souviendrai...


L'après-midi, visite du Fort Rouge, impressionnant aussi mais qui pâlit de la comparaison avec le Taj.
Retour à Delhi pour une dernière journée avant le départ.



vendredi 16 février 2007

Rajasthan 2: de Jodhpur a Jaipur

Jodhpur est connue comme la ville bleue : toutes les maisons de la vieille ville sont peintes de cette couleur et, vues du fort qui les surplombe, elles forment un ensemble coherent, chatoyant, assez charmant. A part ce fort (magnifiquement conserve et restaure par le maharadjah), la ville vaut pour ses petites ruelles aux maisons colorees, ses habitants accueillants. Le soir, on remonte au fort totalement deserte pour un diner d'anthologie : on entre dans les remparts, un garde guide vers l'ascenseur (!), construit dans la muraille meme, qui mene a la terrasse qui domine toute la ville : vue magique! Quelques tables sont disposees la, des serveurs en habit traditionnel servent un delicieux thali, l'atmosphere est des plus paisibles...grand moment.
De Jodhpur, nuit de bus vers Udaipur et arrivee vers 5 heures. La chambre donne sur le lac, on apercoit au fond le Lake Palace, hotel mythique, qui semble flotter sur l'eau tant rien d'autre que ses pierres blanches n'en depasse. Matinee passee a recuperer de la nuit de bus bien pourrie par quelques voisins ronfleurs, virages saccades, freinages intempestifs et autres joies du transport en bus en Inde (ou ailleurs).
Le City Palace, c'est-a-dire le palais du maharadjah de la ville, est un scandale : un vrai gachis! Il y a la un patrimoine architectural magnifique mais tellement peu entretenu qu'il en perd completement son charme. Je me fais d'ailleurs la reflexion a differents endroits en Inde : il semble que tous n'aient pas pris conscience de la necessite (ne serait-ce que pour conserver l'interet des touristes, qui sont la principale source de revenus du Rajasthan) de preserver le partimoine et l'environnement. Sacre defi en perspective pour les gouvernements indiens a venir. Udaipur n'echappe donc pas a la regle : le palais est franchement decrepi, et du coup on se lasse vite.
Promenade sur le lac l'apres-midi pour aller voir de plus pres le Lake Palace et diner sur une petite terrasse a la vue imprenable sur...le lac. Vous aurez compris, on a vite fait le tour, et pour tout dire ce n'est pas mon etape preferee.
Bus vers Pushkar ou j'arrive a la nuit tombee. C'est une petite ville qui est devenue depuis les annees 70 un repere de hippies ; je pensais y trouver une atmosphere un peu tranquille mais c'est tout le contraire. Le centre-ville est minuscule et surpeuple de touristes et de tout ce qui va avec, auberges bon marche bien bruyantes, restos chers pour ce qu'ils proposent, magasins d'artisanat/souvenirs dont les proprietaires vous accostent tous les dix metres. De quoi me faire fuir en courant. Je reste une journee le temps de faire le tour du centre-ville, des ghats et du temple, pas grand-chose de plus, je fuis vers Jaipur.

Jaipur compte deux millions d'habitants, c'est la capitale du Rajasthan, grande ville archi-bondee a la circulation impossible et a l'atmosphere irrespirable. Encore un bonheur pour un asthmatique comme moi. Je prends une voiture (ici, les locations se font toujours avec chauffeur, quiconque a deja connu les routes indiennes comprendra pourquoi ils ne laissent pas un Europeen s’aventurer seul sur les routes) pour deux jours d’excursion dans la region. Direction Neemrana, fort du XIVe siecle retape par un Indien et un Francais qui l’ont transforme en hotel. Un endroit magique, perdu dans la campagne. Le lendemain, depart vers Samode, autre palais-hotel magnifique, decorations d’une finesse incroyable dans toutes les pieces, des fleurs, des pierres precieuses, des miroirs, encore une merveille de l’art musulman. Retour le soir a Jaipur pour un diner dans le tout nouveau Pizza Hut de la ville, qu me change un peu des thalis, kofta, masala dosa, et autres galettes a tremper dans des sauces diverses. Marrant (ou triste je ne sais pas) de voir la classe moyenne indienne decouvrir la junk food a l’americaine. Ils sont un peu comme les enfants qu’on emmene au Mc Do, heureux comme tout, ebahis par ce nouvau concept, des clients reves.
c Le lendemain, je reserve d'abord mon billet de train pour Agra au terme d'une lutte acharnee avec le fonctionnaire du Northern Indian Railway qui, pour s'eviter de consulter les disponibilites des dix trains de la journee, m'a repondu que seul le train de six heures du matin etait libre. C'est ca, prends moi pour un c..Bref, liste d'attente pour le train de 10h03, ca fera bien l'affaire, au pire je monterai dans le train et je chercherai un siege.
Ensuite, 8Roupies et 25 minutes pour un bus qui m’emmene au fort Amber, a 10km du centre-ville. Il est perche sur une colline et on y accede par une rampe qu’empruntent egalement des elephants qui trimbalent des touristes un peu feignants jusqu’en haut. Je prefere la stabilite de mes pieds a celle des pachidermes, sur lesquels les touristes assis n’ont pas l’air rassures. Le fort lui-meme…je manque de superlatifs pour ne pas me repeter, bref c’est beau. Grand, aussi. J’aime bien. Trois etoiles, comme on dit dans les guides. (Six ans d’etudes pour en arriver a pareille richesse de vocabulaire, je m’epate, parfois). Le maharadjah s’etait fait une vie assez tranquille : il a fait construire des chambres pour chacune de ses 29 femmes (et d’autres encore pour ses 200 concubines) et les faisait aligner l’apres-midi dans la cour pour en choisir une pour la nuit ; celle-ci est alors paree des plus beaux vetements, bijoux, saris et amenee par des porteurs vers la chambre du souverain ; toutes les pieces sont la aussi ornees des plus belles couleurs, decorations, pierres precieuses. On s'imagine la vie incroyable qui devait prendre place ici il y a quatre siecles.
Fin d’apres-midi au palais des vents (je sature des palais, pour tout dire), puis depart le soir vers Agra en bus.

vendredi 9 février 2007

Rajasthan 1 : de Delhi a Jaisalmer

Apres une visite eclair de quelques monuments phares de Dehli dans la journee, et une petite alerte au pickpocket (sans gravite) a la gare (mythique!) d'Old Delhi, me voila parti pour 20 heures de train en direction de Jaisalmer, a l'extreme Ouest du Rajasthan, derriere le desert du Thar.
Jaisalmer n'est pas loin de la frontiere pakistanaise, et les tensions sont vives entre les deux pays meme si la guerre proprement dite se concentre au Cachemire ; sur la voie de chemin de fer parallelle a la notre, je vois passer un train transportant des chars, "surveilles" par des soldats avachis sur des chaises longues qui n'ont pas l'air franchement stresses... Je tente une blague aupres de mon voisin de compartiment soulignant que les soldats n'ont pas l'air d'etre sous pression...aie aie aie...celui ci s'avere etre un pilote de l'armee de l'air et me repond d'un ton un peu agressif "what do you mean we are not under pressure? We are in war, ok, in war!". Fin de la discussion. Les trois dernieres heures du trajet ont ete longues, tres longues.
A l'arrivee a Jaisalmer, des rabatteurs de tous les hotels et chambres d'hotes agressent litteralement les touristes qui descendent du train. Moi qui avais vecu la tranquillite des villes du sud, ca me fait tout drole...On a l'impression d'une enorme ville touristique, mis on s'apercoit tres vite que tous s'arrachent la meme vingtaine de touristes et que la plupart des hotels sont vides. Je loge dans la vieille ville, dans un haveli, petit palais construit sur plusieurs etages autour d'un patio, decorations un peu semblables a ce qu'on trouve au Mahgreb...le tout pour moins de 3€ la nuit. Sans doute une des meilleures chambres dans lesquelles j'ai dormi.
Jaisalmer vaut avant tout pour sa forteresse en gres jaune eclatant qui jaillit du desert, et pour ses dizaines de magnifiques havelis construits a partir du XVIIIe siecle par de riches marchands. Atmosphere tres agreable, je suis invite a boire le the chez des grands parents qui gardent leur petite fille, joyau de la famille. Communication limitee car mon hindi se limite a une dizaine de mots et leur anglais ne va pas beaucoup plus loin. On me me montre les photos de famille, le mariage des grands parents, la photo du fils parti travaillr a Delhi, la petite derniere dans un photo-montage kitschissime avec la vielle ville en arriere-plan, je felicite et felicite encore. Moment sympa. Je deploie moultes stratagemes pour m'echapper avant le dejeuner.
Les petites ruelles de la vieille ville et leurs marchands en tous genres sont agreables pour flaner a l'ombre, l'apres-midi passe vite...
Je repars le lendemain en bus vers Jodhpur, la ville bleue.

samedi 3 février 2007

De Delhi a Allahabad, en passant par Benares

Apres avoir passe quelque huit heures a l'aeroport de Madras en attendant que ces messieurs d'Air Deccan aient fini de rafistoler le moteur, j'ai atterri a Delhi a deux heures du matin. La chambre que j'avais reservee, dans un quartier assez populaire et anime (la journee) de Delhi, avait bien sur entre temps ete refourguee a quelqu'un. Me voila donc a trois heures du mat', apres avoir erre dans les rues (pas eclairees evidemment, et sans indication de noms de rues, ce serait un peu facile) avec un taxi qui ne connaissait rien, a reveiller le portier de mon hotel d'origine pour qu'il veuille bien me trouver une piaule pour le reste de la nuit. Chose faite apres un ou deux coups de fil : un jeune garcon vient me chercher et nous traversons le quartier en silence dans les rues sombres, avec pour seule compagnie un ou deux ivrognes, les vaches et quelques chiens qui aboient a notre passage. Bienvenue a Delhi.
J'atterris donc dans un hotel miteux ou deux pigeons ont la bonne idee de venir roucouler sous ma fenetre des potron-minet (j'avais envie de la caser celle-la, depuis que je me suis fait coller a la dictee de Pivot). Nuit pourrie apres un voyage pourri. J'attaque donc Delhi de bonne humeur...
Je me promene un peu dans le quartier mais la ville est si grande, si agressive, si polluee, et manque tellement de charme au regard de ce que j'ai vu avant, qu'elle ne me fait absolument pas envie.
Je la quitte le soir pour attraper mon train pour Benares (dont le nom officiel est Varanasi, les deux etant employes indifferemment).

L'arrivee a Benares, vers midi le lendemain, avec quatre heures de retard, est assez mouvementee ; c'est la ville la plus visitee en Inde, avec ce que ca peut avoir de penible : nombreux rabatteurs qui tentent tout pour vous amener vers les hotels qui les paient, sollicitations incessantes des commercants...Le rickshaw m'annonce, apres une demie-heure a touche-touche dans les embouteillages, qu'il ne peut pas m'emmener dans la vieille ville, au bord du Gange, ou se trouve mon hotel, parce qu'il y a trop de monde et que les ruelles sont fermees a la circulation. Me voila donc avec mon barda a tenter de tracer mon chemin dans des rues completement encombrees de toutes sortes de vehicules et d'animaux (gare aux coups de corne des vaches qui n'aiment pas etre poussees...) de la ville moderne pourr arriver dans le dedale (!!!) de ruelles minuscules de la vieille ville. Un type me dit qu'il va a mon hotel et pretend m'y accompagner, je me laisse guider tant il est impossible de trouver son chemin par soi-meme.

L'auberge est construite sur la rive, au-dessus des ghats (quais), avec une jolie vue sur le Gange et une petite cour interieure abritee du soleil. Sympa. Je fais la connaissance de deux photographes francais tres cools avec qui je vais passer les jours suivants. Nous partons ensemble a la decouverte de la vieille ville tout l'apres-midi avec un jeune guide, Manish, tres sympa et plutot honnete. Il connait tout et tout le monde et nous evite toutes les sollicitations des commercants et rabatteurs qui, voyant qu'on est avec lui, ne viennent pas nous aborder. C'est reposant...
La ville peut au premier abord paraitre assez repoussante : dans ces ruelles qui parfois ne laissent passer qu'un homme de face, les odeurs sont fortes, les vaches et leurs bouses nombreuses, les velos arrivent parfois vite, bref on n'est pas tres tranquille. Mais la vieille ville et les rives du Gange possedent un charme certain, d'abord troublant, effrayant par moments, et finalement assez envoutant.
Benares est d'abord connue en Inde parce que l'on vient y mourir : dans la religion hindoue, ceux qui meurent a Varanasi et font ensuite bruler leurs cendres selon une ceremonie rituelle rejoignent directement le nirvana, la paradis hindou, sans passer par le cycle des reincarnations. On trouve ainsi sur les ghats, ces quais blancs en escalier, des vieillards qui attendent la mort. Croisant le regard d'une vieille dame assise en tailleur dans un grand denuement, entoure d'un strict minimum d'affaires, je demande au guide qui m'accompagnait ce jour-la : est-ce une mendiante? Il me repond : non, non, elle avait beaucoup d'argent mais elle a tout laisse a ses enfants et maintenant elle s'est assise la en attendant de mourir. Il se trouve que son fils possede la barque qui nous avait emmenes sur le Gange le matinmeme...
Les ghats sont le theatre chaque matin a l'aube des ablutions dans le fleuve sacre : chacun se deshabille plus ou moins et vient se laver, prier le dieu Gange (la "seconde mere" pour les hindous"), et finalement boire une gorgee d'"eau sacree" (et neanmoins degueulasse) du fleuve. Benares etant la ville la plus visitee d'Inde, les touristes sont nombreux qui longent en barque les quais et photographient les ablutions ; les hindous font preuve d'une grande tolerance vis a vis de ces yeux inquisiteurs qui les contemplent a demi-nus entre la toilette et la priere...
Mais l'endroit le plus marquant de la ville est certainement le ghat ou se deroulent les cremations : dans les ruelles alentours, a la tombee de la nuit, on entend les tambours annoncer l'arrivee d'un cortege funeraire ; on apercoit alors a quelques metres un corps, enveloppe d'un linceul de couleur, porte par la famille. Le convoi se dirige alors vers le lieu de cremation proprement dit : il achete les 150 kilos de bois necessaires a la cremation qui sont disposes en un lit aupres des neuf autres corps qui vont bruler simultanement. La famille descend alors au bord de l'eau pour immerger le corps dans l'eau une fois, puis remonter le poser sur le lit de bois. le corps est recouvert de bois et le fils aine, lorsque c'est le pere qui est mort, le benjamin si c'est la mere, qui s'est rase la tete et les sourcils et a revetu une sorte de sari tout blanc, va chercher le feu sacre dans un grand foyer (le "feu eternel", qui sert a toutes les cremations et ne se serait pas eteint depuis 3000 ans), se rapproche du corps, et fait cinq fois le tour du bucher pour l'allumer. La famille reste ainsi, trois heures durant, a regarder le corps se consummer. Les restes non brules sont jetes sans le Gange.
Les corps brulent a toute heure du jour et de le nuit, mais c'est a la nuit tombee que c'est le plus saisissant : les flammes jaillissent de la nuit, l'atmosphere est lourde, pesante, sans compter les odeurs...on se demanderait presque si tout ca est bien reel...moment vraiment marquant.
Dans le reste de la vieille ville, les lumieres des echoppes ouvertes eclairent les rues une fois la nuit tombee, l'ambiance est tres agreable, chaleureuse ; a l'aube, alors qu'il fait encore nuit noire, avant de partir louer une barque pour aller voir les ghats depuis le fleuve, on partage un chai (the au lait sucre) avec quelques militaires, des vendeurs et des chauffeurs qui embauchent, deja des sourires, une grande convivialite.
Je quitte Benares le troisieme jour au milieu de la nuit pour arriver a cinq heures a 150 km de la, a Allahabad, parce que j'ai entendu dire que s'y tenait la derniere journee de la Khumbh Mela, le plus grand pelerinage hindou ; pour etre plus exact, le plus grand a lieu tous les douze ans et rassemble entre 100 et 120 millions de personnes, alors que tous les six ans a lieu la version reduite, a laquelle ne participent "que" 60 millions de personnes...
Les fideles viennent dans cette ville qui borde egalement le Gange pour se baigner dans le fleuve sacre (meme principe qu'a Benares).
Alors qu'il fait encore nuit, la voiture se gare sur un parking immense en je pars (avec le guide qua j'ai pris pour la journee) en direction du fleuve, suivant les colonnes de gens qui viennent y prier et rejoindre les millions d'autres deja installes depuis quelques jours pour certains, depuis le debut du pelerinage pour d'autres, il y a plusieurs semaines. On marche ainsi dans la penombre qui se fait jour, des kilometres durant, au son des chants religieux assez envoutants diffuses par les hauts-parleurs et la foule grossit, grossit, grosit. On longe des enfilades de tentes surmontees d'un drapeau representant l'ashram (communaute religieuse) auquel ils appartiennent dans leur ville d'origine. Je n'ai jamais vu pareille masse humaine assemblee en un meme lieu (je me demande d'ailleurs si, a part peut etre le Haj a la Mecque, il en existe...). Le plus etonnant est que cette foule qui converge vers un meme lieu, soit quelques centaines de metres en bordure du Gange, le fait dans un calme hallucinant compte tenu de la pression populaire, et si l'on peut se sentir parfois perdu quand le guide s'eloigne de dix metres, on ne se sent jamais vraiment oppresse. Tout le monde va vers la rive, se deshabille, va se baigner et revient en souriant ; le tout se passe dans une atmosphere bon enfant.
A un moment, j'entends comme une enumeration de noms au micro, je demande en blaguant a mion guide s'ils font l'appel, il me repond qu'ils sont en train d'appeler tous ceux qui se sont perdus (sur le mode "le jeune Antoine est attendu a l'accueil par ses parents"). Autant vous dire que ca dure un moment!
Le soir, apres une sieste en ville, je retourne sur le pont qui surplombe le site pour admirer et photographier ces milliers de lampes qui scintillent sur des kilometres, ces colonnes de gens qui rentrent chez eux...souvenir memorable.
Je pourrai raconter pendant des heures la fascination eprouvee durant cette journee, mais je garde ca pour le retour, et je mettrai quand je pourrai quelques photos en ligne qui en diront plus que tous les mots.
Retour a Delhi un peu mouvemente (imaginez l'etat de la gare et des trains qui rejoigent Delhi le soir de la fin du pelerinage!!!)