lundi 29 janvier 2007

Coucher de soleil sur les rizieres a Hampi

Parce qu'un blog de voyage sans coucher de soleil, c'est pas vraiment un blog de voyage...


dimanche 28 janvier 2007

De Cochin a Pondichery

Apres une nuit de train mouvementee en provenance de Ooty, j'ai atterri a Ernakulam Junction, la gare la plus proche de Cochin (Kochi en hindi) ; les quartiers sympas et les monuments se trouvant sur la presqu'ile de Fort Cochin, a une douzaine de kilometres de la gare, me voila parti, a l'arrivee du train a 5heures du mat', pour trouver un rickshaw qui me conduira la-bas. Mon chauffeur met le turbo alors que je ne lui demande que de ralentir : la ville etant completement endormie a cette heure-la, je ne sais pas ou je vais me poser avec mon barda en attendant que restos a petit dej et auberges ouvrent leurs portes. Pas presse d'arriver, donc.
Le chauffeur, arrive dans le coin, tient absolument a m'accompagner a une auberge dans laquelle il touche des commissions, plutot que la ou je veux ; je finis par obtenir gain de cause, mais arrive devant celle que j'avais reperee, il me dit "it's full" et s'apprete a redemarrer alors que le tenancier de l'auberge n'as pas l'air de comprendre pourquoi il repart... Je gueule un coup et finis par aller constater de moi-meme...Il y avait evidemment des chambres dispo. Je serai desormais sur mes gardes en particulier dans les lieux touristiques ou les rickshaws sont souvent les premiers rabatteurs pour les hotels.

Je pose donc mon sac chez Spice Holidays, charmante maison d'hotes ou le proprietaire me conseille d'aller voir le retour de la peche sur la plage proche de la, en attendant que les restos n'ouvrent et que les chambres se liberent dans la matinee...

Spectacle impressionnant, alors qu'il fait encore pratiquement nuit, sur la plage ou s'amoncellent les immondices en tous genres : les barques sont alignees et les pecheurs s'empressent de sortir de leurs filets la peche de la nuit. Ils l'apportent ensuite sur une sorte d'etal a meme le sol, au-dessus duquel un homme affaire sur son carnet gere la criee ; les restaurateurs et commercants s'arrachent ainsi les lots de poissons les uns apres les autres, tandis que les poissons frais continuent d'affluer. Pres de l'eau, des chats et des chiens se partagent les restes de poissons et de pouples sortis des filets et delaisses par les pecheurs.
A sept heures, tout cela est fini et tous vont boire un petit the ("chai") dans un des cabanons en bord de route aux cotes des chauffeurs de rickshaws qui embauchent.

Je passe le reste de la journee a me promener dans le village, a flaner au bord de la plage en regardant les pecheurs relever leurs carrelets ("chinese nets", qu'ils appellent ca par ici) selon une technique eprouvee qui met a l'oeuvre six hommes qui tirent sur des cordes au bout desquelles de grosses pierres font contre-poids au filet et permettent de le sortir de l'eau. On attrappe les poisons tombes dans le filet, et on le fait retomber dans l'eau pendant une a deux minutes ; puis on recommence...si vous cherchiez a vous faire les bras c'est pas mal comme job.

Le lendemain, journee de croisiere sur un petit bateau dans les backwaters, ces canaux qui longent la cote, entre Allepey (2h de bus au sud de Cochin) et Kollam, 80km plus bas. On y decouvrte la vie au bord de l'eau, les pecheurs, les pirogues chargees de marchandises qui depassent a peine de l'eau, guidees par d'agiles canotiers qui poussent au fond de l'eau de leur longue perche, les pieds en equilibre sur les rebords etroits de leur embarcation...ballade bien tranquille.

Retour a Cochin pour une derniere journee de visite du quartier juif (a peine 15 Juifs y vivent encore, une petite synagogue se visite ; le guide, hindou, a l'air d'en connaitre a peu pres autant que moi sur le lieu...), du palais du gouverneur hollandais (la ville a ete successivement occupee par les Portuguais, les Holandais, puis les Anglais) et ballade dans ces ruelles agreables, baignees de soleil, qui respirent la tranquillite.

De Cochin, nuit de train vers Madurai, au milieu des terres, sur la route de Chennai, ou je passe une journee dans le temple, principal attrait de la ville. Incroyable! Une ville dans la ville, des tours sculptees tout en couleurs a chacune des quatre entrees, et a l'interieur divers temples dedies aux stars habituelles de l'Olympe hindou. Un elephant est pose la, il recolte du bout de sa trompe une piece de monnaie tendue par un touriste, la glisse a son maitre et benit le donateur du meme bout de sa trompe. Il arrive meme a faire l'economie de mouvements superflus en gardant plusieurs pieces dans sa trompe, benissant plusieurs personnes de passage, avant de rendre le butin a son maitre. Assez amusant...On se dit juste, quand en fin de journee il commence a montrer quelques signes d'enervement, qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour qu'il fasse un massacre s'il en venait a charger.
Plus loin, un pretre propose, moyennant trente roupies, d'assurer l'envoi au Paradis des ames des defunts ; une allemande s'y risque qui a perdu son pere recemment ; on lui fait reciter moultes prieres, en hindi bien sur sinon ca marche pas, le pretre benit tout un tas d'offrandes, lui fait faire trois tours sur elle-meme (c'est pas une blague), s'incline lui-meme deux ou trois fois, et apres tout ca dit "i think with this your father and mother should be fine in heaven" ; l'autre s'affole "no, it's just my father!". Pour un peu il aurait envoye sa pauvre mere ad patres, version deux pour le prix d'un. Faut faire gaffe avec ces trucs la c'est dangereux.

Depart de Madurai par le train de nuit vers Chennai (Madras), ou je ne reste que le temps de trouver un bus qui part vers le sud.

Deux heures de bus bonde plus tard, je pose mon sac a Mahabalipuram, ou sont regroupes plusieurs temples des VIe et VIIIe siecles, en bord de mer. Le village, devenu assez touristique recemment, est aussi repute pour ses sculpteurs de pierre dont les ateliers se trouvent tout au long des rues. Impressionnant de voir d'un cote les gros blocs de pierre brute et a quelques metres de la, la finesse des visages de dieux celebres qu'ils ont tailles de leurs mains.

Je profite allegrement de la douceur du climat, de la plage ou est posee l'un des temples, des ruelles paisibles.

En ce moment a lieu le festival annuel de danses traditionnelles du Tamil Nadu (l'Etat dans lequel je me trouver pour ceux qui n'auraient pas suivi) ; je passe donc une soiree a un des spectacles, assez fascinant. La danseuse principale, dans un magnifique costume rouge et or, tres maquillee, un peu comme dans les operas chinois, mime beaucoup, tourne des yeux dans un sens ou dans l'autre, eleve lentement ses mains dans une direction, se deplace douuuuucement, se pose...assez delicat en fait. Un peu lent parfois, mais assez fin dans l'ensemble et tres bien execute. Bon, il y en avait deux autres apres, je ne vous cache pas que j'ai jete l'eponge au milieu mais c'etait une bonne experience.

Aujourd'hui, j'ai passe la journee a Pondichery, deux heures de bus (debout, ca fait long...) plus au sud. C'est vrai que les traces de la presence francaise font un drole d'effet : la rue de la Bourdonnais donne dans Suffren Street, ce qui ne depaysera pas les Parisiens ; on trouve, outre le consulat, une Alliance Francaise, un Lycee Francais, un monument "aux combattants des Indes francaises morts pour la patrie" en 14-18, une statue de Jeanne d'Arc...Ca fait assez bizarre. A part ca, le quartier francais a un certain charme, les maisons sont colorees et l'architecture coloniale presente une certaine coherence. Tout ca a l'air d'etre un peu laisse a l'abandon mais bon. Bref, content d'avoir vu ca, pas une ville dingue mais une petite journee sympa.

Le retour a Mahabalipuram est un peu mouvemente : on (je passe la journee avec un couple de babas cools argentino-allemand qui vendent de l'artisanat a Ibiza en ete et a Barcelone en hiver, tres sympas) n'avait pas prevu que le dimanche soir a la gare de Pondichery, c'etait le retour de week-end (week-end de fete de surcroit, puisque vendredi c'etait Republic Day, jour de proclamation de la Republique indienne, qui n'a rien a voir avec le jour de l'independance, bande d'ignards). A cote de ca, l'A6 le week-end du 15 aout est une gentille promenade de sante : les bus ne sont pas encore arrives (de Chennai par exemple) que les gens courent deja autour et s'agrippent aux portes (enfin, a l'endroit ou il devrait y avoir une porte) en essayant de rentrer avant meme que les passagers en descendent ; des centaines de personnes attendent ainsi et on se dit qu'on n'est pas arrives...On finit pas negocier un prix avec un taxi qui nous ramene a bon port pour une somme modique

Demain, depart pour Chennai ou je prendrai un vol pour Delhi, avant d'attaquer le Nord...

Bete curieuse

J'en ai deja touche un mot, mais il est assez amusant de voir la reaction des Indiens, notamment lors des zones eloignees des grandes villes et du tourisme de masse, quand ils apercoivent des blancs...
Vous debarquez dans un village, de petits groupes sont formes ca et la, et tout a coup , un regard, quelqu'un vous a vu. Le message se repand et tout le monde se retourne comme un seul homme pour vous observer ; les visages montrent d'abord une grande curiosite, puis quelques rires genes, notamment chez les filles. Les plus temeraires des garcons s'approchent doucement, on entend alors un "sir, sir, name, name?" puis, apres qu'on a repondu, "country, country!"...on repond...les groupes se sont rapproches, des gamins ou des jeunes tendent des mains, sourient a tout va ; les adultes, restes a l'arriere, observent la scene et sourient a leur tour.
Point d'orgue de ces prises de contact, la demande de photo de l'un ou de l'autre, generalement de plusieurs a la fois ; on finit donc par organiser un ephoto de groupe pour les 5 ou 6 qui la demandent, a laquelle se joignent irremediablement tous les petits copains...Nouveau moment de rigolade quand ils decouvrent le resultat au dos de l'appareil numerique. On appelle alors tout ce qu'on connait de monde pour faire constater qu'on figure bien sur le cliche. La masse des photographies se grossit alors des parents, grands-parents, cousins, voisins, curieux...Qui veulent evidemment a leur tour une photo. Autant dire qu'on a du mal a en sortir.
En tout cas cette curiosite, bien que pesante a la longue du fait du nombre des sollicitations, reste tres saine, en dehors des coins vraiment touristiques ou certains se mettent a reclamer de l'argent apres avoir demande qu'on les prenne en photo.
S'ajoute ensuite, au fil d'une discussion qui s'instaure, la difference culturelle : tu voyages seul? mais pourquoi donc (air attriste)? (les Indiens, de maniere generale, ne font pas grand-chose seuls, on les voit beaucoup plus souvent en famille ou en groupes d'amis). Tu as 25 ans? Mais...tu n'as pas d'enfants? Meme pas marie? Pour moi, passe encore, mais pour les nombreuses occidentales qui voyagent seules a 25, 30, 40 ans, c'est toujours un casse-tete de devoir expliquer pourquoi elles ne sont pas ave cle mari ; soit elles tachent, chose ardue, d'expliquer que le mariage n'est pas chez nous ausi obligatoire socialement qu'ici, ou qu'elles sont celibataires , soit qu'elles voyagent sans leur mari/copain qui est reste au pays (incomprehension des indiens egalement, quelle sorte de mari faut-il etre pour laisser sa pauvre femme s'aventurer au bout du monde sans l'accompagner?). Bref, il y a de ce cote-la un bon fosse...ce qui etonne c'est que cette incomprehension est parfois assez deconnectee de la categorie socio-professionnelle : on peut ainsi trouver des ingenieurs tres pointus dasn leur domaine qui n'en demeurent pas moins conservateurs dans leurs moeurs ; c'est sans doute l'un des aspects les plus surprenants de cette societe dont tous les aspects ne semblent pas affectes de la meme maniere par les mutations liees au developpement de l'economie et des echanges internationaux.

samedi 27 janvier 2007

Gares indiennes

Il faut revoir legerement la notion de gare quand on arrive en Inde. On ne parle plus exactement de la meme chose.
En France, une gare se resume globalement a quelques michelines sagement alignees, la buvette a Kro-sandwich, 2-3 guichets et la consigne d'usage.
La gare indienne elle, est un lieu de vie a part entiere, d'abord parce qu'on y arrive pas pour prendre un train mais plus souvent pour l'attendre. Je m'explique : l'Inde a le plus grand systeme ferroviaire au monde, et le pays etant relativement etendu, il n'est pas rare que les passagers utilisent 2 ou 3 trains pour des voyages de 10, 20 30, 40, 50 heures du nord au sud et de l'est a l'ouest. Entre deux trains, donc, l'attente. Beaucoup d'attente...
Et c'est la que ca devient amusant : on trouve des gens qui dorment a peu pres partout, par terre, dans les salles d'attente, sur les quais, sur les bancs, contre les murs... Il y a meme des salles de repos ou passer une partie de la nuit ; j'ai rencontre un type, un soir ou je devais poireauter deux heures et demi dans une gare en attendant un train qui venait a deux heures du mat', qui me confiait aller a Bombay, ie a 40 heures de train de la, et preferer "faire l'experience de l'attente eveillee" plutot que d'aller se reposer...ben voyons. Je la retiens celle-la...
Des gens qui mangent, partout egalement. Et de tout, avec les mains evidemment.
D'autres constituent des queues interminables et assez denses (cf ce que je disais sur la proximite qui ne leur fait pas franchement peur) aux guichets pour aller acheter/changer/confirmer leur billet (le systeme Internet est peu repandu et de toute facon tellement complique qu'on prefere aller dans les gares)
Mais c'est sur le quai que l'agitation regne encore davantage : a l'arrivee d'un train, les passagers arrives a leur destination envahissent le quai, tandis que d'autres descendent acheter de quoi subsister pendant la suite du trajet. Des vendeurs ambulants passent ainsi proposer aux fenetres (ouvertes dans tous les wagons sauf les classes superieures) du the, du cafe, des biscuits, cacahuetes... en hurlant le nom de ce qu'il propose, alternativement en hindi et en anglais
Pendant ce temps, les porteurs s'affairent : a l'embarquement des trains de nuit, ils apportent draps, couvertures, taies d'oreiller dans les wagons, sans compter la nourriture proposee a l'interieur du train dans les bonnes classes. On voit donc des types souvent petits et assez chetifs se faufiler au milieu des voyageurs avec des sacs de trente kilos sur la tete...
Les voyageurs, me direz-vous, sont pendant ce temps-la postes devant le panneau correspondant a l'endroit ou leur voiture devrait s'arreter. Ca arrive oui. Mais les trois quarts du temps, soit par manque d'affichage, soit par manque de temps, on ne sait pas sur quelle partie du quai son wagon va s'arreter ; les wagons sont numerotes par type de classe : Sleeper, AS, A, H suivi d'un numero ; mais on ne sait pas si les A, S, et H sont a l'avant ou a l'arriere du train qui compte une bonne vingtaine de wagons! D'ou quelques bonnes minutes de stress et de course sur un quai bonde a l'arrivee du train pour reperer sa voiture. Et la, surprise, les noms des voyageurs sont affiches sur une feuille scotchee sur la porte su wagon! Ce billet aux signes incomprehensibles qui devait en principe vous donner droit a une place dans un train qui, si Shiva le veut et si le temps le permet, devait debarquer au quai numero 17 de la gare trucmuche, prend enfin tout son sens : la, au milieu de la cohue, dans la confusion nocturne d'une gare surpeuplee, miracle, mon nom apparait sur ladite feuille! Je vais finir par croire a la grace, Laurene (Private joke).

vendredi 26 janvier 2007

Touristes indiens en Inde

Peut etre par naivete, je n'avais pas idee du niveau de developpement d'un tourisme domestique en Inde. En me promenant dans le Sud, j'ai pu voir, signe evident du developpement d'une classe moyenne, qu'une majorite de touristes etait indienne, en particulier lors des week-ends et jours feries qui marquaient le nouvel an indien il y a une dizaine de jours.
En discutant avec eux, on se rend compte que beaucoup, originaires notamment du Nord, n'avaient jamais pris de vacances aussi lointaines, et se retrouvant presque aussi desarconnes que nous Occidentaux devant des Karnatakais peu eduques - une majorite hors des grandes villes - qui ne parlent que le Karnara et non l'hindi, et avec qui ils doivent utiliser le peu d'anglais commun aux deux.
Certains ont achete recemment leur premier appareil photo et on sent que les vendeurs d'appareils argentiques et de pellicules -type Kodak- tentent de s'accaparer les faveurs de ce nouveau marche via des tarifs hyper attrayants (appareils aux alentours de 10 euros). On est donc souvent sollicite pour figurer sur les albums souvenirs des Indiens de passage ; de meme que les gamins reclament parfois une piece quand on les prend en photo, un touriste hollandais m'a explique qu'il retorquait systematiquement aux sollicitations par un "yes, sure, it's 10 Roupies". Il faut voir la tete des Indiens a qui un grand hollandais envoie ca, a demi-serieux, avant de ceder evidemment a la photo gratuite.

mercredi 24 janvier 2007

De Hampi a Cochin

En descendant vers le sud, je suis passe par Hassan, qui n'a d'interet que comme port d'attache pour visiter trois sites proches, Belur, Halebid et Sravanabelgola.
La encore, merveilles de l'art hindou : les deux temples de Belur et Halebid, et la statue d'un saint jain a Sravanabidule, haute de 17 metres, perchee en haut d'une colline dont on sent passer les 600 marches. Tous les 12 ans, 100 000 pelerins viennent assister a la "toilette" de la statue qui a vous l'aurez compris un indeniable caractere sacre. j'ai vu des images ca a l'air assez impressionnant...Chaque jour, des pelerins viennent quand meme se faire benir par le brahmane et ecouter des pretres (femmes) toutes de blanc vetues, psalmudier des prieres dont j'avoue de pas avoir saisi toute la substance. Bref, y'a de l'animation la haut et la statue est assez imposante.
Les temples, quant a eux, ne sont pas seulement des lieux de priere et des joyaux architecturaux mais aussi des lieux de vie, on vient y dejeuner en famille, s'y reposer sur les pierres fraiches, mediter... L'atmosphere y est donc tres agreable et on y passe facilement l'apres midi en attendant que la chaleur tombe.
Quelques guides proposent des visites, on en fait une ou deux puis on se lasse de la description une a une des centaines de figures representees sur chaque mur. Quand on a compris un peu de quoi il s'agissait et qui etaient les principaux protagonistes, on arrive a se faire les visites tout seul et c'est quand meme plus agreable.
De Hassan, on descend vers Mysore, connue pour le palais du Maharadjah qui fait un peu Alice au pays des merveilles, bon c'est certes impressionant de faste et on se dit qu'il a du falloir un certain nombre d'heures de boulot pour realiser ca, mais bon c'est pas tres finaud. Une tentative de marier les arts hindou et musulman par un archtecte anglais, bof.
En revanche j'ai aime le marche, ses couleurs, ses etales aux pyramides de fruits impeccables, ces vendeurs de couronnes de fleurs. Avec un marchand d'une genre particulier qui vendait des huiles essentielles, un gamin de douze ans capables d'interpeler les touristes dans toutes les langues (je l'ai vu alpaguer un danois et une coreenne ebahis dans leurs langues respectives, tandis qu'il m'a accoste d'un "eh mon pote, viens voir mes huiles, j'ai des huiles essentielles super"), qui tient des carnets pour chaque pays dont sont originaires ses clients et ou ceux-ci racontent leur visite, les prix qu'ils ont paye et leur satisfaction. Moyennant quoi ca met en confiance et on se laisse evidemment tenter...
De Mysore, bus vers Ooty, station d'altitude qui etait appreciee par les Anglais et aujourd'hui par la haute societe indienne ; on y visite des plantations de the et on prend l'air avant de redescendre vers les plaines...
Un train miniature conduit a Conoore puis a Mettupalayam a travers les montagnes. Tout est en bois, y compris la fermeture des compartiments qui donnent sur la voie, le train avance a deux a l'heure mais c'est magnifique et la proximite (!) sur les banquettes favorise la discussion. J'ai ainsi appris que j'avais eu de la chance : la voie avait ete fermee depuis des mois a cause de pluies torrentielles qui avaient provoque des eboulements ; elle avait ouvert la veille et simplifie la vie des Indiens du coin qui avaient du se taper des detours de dingues pour aller bosser.
De Mettupalayam, gare de transit, j'ai pris un billet en "general compartiment" (comprenez le wagon a bestiaux, pas de siege attribues et trois fois plus de billets vendus que de sieges. Le train va vers Chennai, ie 12 heures de trajet de nuit. D'ou la cohue quand j'ai essaye de descendre apres une heure de trajet pour changer de train : une centaine de personnes essayant, des l'arrivee du train en gare, avant son arret et la descente des passagers, de grimper pour arracher un bout de banquette ou de porte-bagages pour y passer la nuit. J'ai alors compris pourquoi on m'avait conseille de "me preparer a la descente"...
Bref, changement et train de nuit pour Cochin.

Hampi

Hampi est situee dans le Karnataka, au sud-ouest de l'Inde, a une nuit de train de Bengalore. Je m'y rendai donc 24h apres etre descendu de l'avion.
En un mot, Hampi est l'ancienne capitale du dernier royaume hindou, detruit en grande partie par les musulmans au XVIe siecle ; une cite incroyable, un joyeu de l'Orient, la capitale du commerce des pierres precieuses et des etoffes, les marchands venaient de Chine et de toute l'Asie pour vendre leurs biens..la ville comptait a l'epoque plus d'un demi million d'habitants! (a mettre en perspective avec la population mondiale de l'epoque, c'est enorme!). La ville toute entiere etait construite autour de l'idee du bonheur et du repos, du plaisir et de la meditation, et avec quel faste! Elle est batie au bord de la Tungabhadra, ou les gens continuent de venir se baigner et faire des ablutions...difficile de mettre des mots sur le sentiment de calme et de plenitude qui y regne.
La majeure partie des temples a ete detruite mais ce qu'il en reste donne une idee de la splendeur d'alors. Les sculptures, souvent extremement bien conservees, relatent des episodes de la mythologie hindoue, representant des scenes du Mahabharata, ce long poeme (90000 versets!) epique redige au IIeme siecle et qui fonde de nombreux principes de l'hindouisme. D'apres ce que j'ai pu voir et lire, c'est en gros la lutte du Bien (represente par les freres Pandava) contre le Mal - c'est original - represente par leurs cousins les Kaurava. Bref c'est assez sanglant. Parait qu'il existe une version en francais, je suis pas sur de conseiller a tout le monde ca m'a l'air assez penible.
Donc pour revenir a nos moutons, Hampi est assez extraordinaire par le souvenir qu'elle epoque d'une sorte d'age d'or de l'hindouisme et reste un endroit tres paisible ou , sur les conseils de David D., j'ai pu profiter de cette merveille qu'est le Mango Tree, restaurant consrtuit en escalier au milieu des bananeraies ou l'on deguste des mango lassi a l'ombre au bord de la riviere, ca permet de mettre les choses en perspective nettement plus facilement.

Premières impressions

Voici une dizaine de jours que je suis parti, et en vrac, quelques impressions avant d'entrer dans le detail du periple

On a eu beau me le dire quinze fois, et j'ai beau avoir un peu voyage avant de venir ici, c'est vraiment une autre planete ce pays! Un choc assez impressionnant pour les yeux, les oreilles, le nez, le cerveau... il s'agit juste d'oublier tous ses reperes et ca se passe bien...les rues ont des noms mais personne les connait, meme si tu te trouves sur l'artere principale d'une ville d'un million d'habitants sans le savoir, tu demandes a quelqu'un ou est l'avenue en question et personne n'en a aucune idee..les gens se reperent au visuel, ils savent ou est la poste, le marche etc. mais les noms des rues non.
Il y a aussi les carrefours sans aucun feu nulle part, ambiance genre place de l'Etoile, avec des pousse-pousse, des voitures, des camions, des bus, des pietons (traduction : souvent des gugusses avec trente kilos d'affaires sur la tete et un truc a pousser), des velos (meme topo, avec l'option trimbalage de branches/plantes/truc s divers qui font passer un velo de 50cm a 2m de large) arrivent a toute blinde sur le carrefour en meme temps...eh ben...ca passe. Ah j'oubliais qu'il fallait pas deranger la vache - sacralite oblige- qui a decide de faire la sieste au milieu du carrefour donc on passe a cote.
L'idee d'hygiene, quant a elle, est un peu a geometrie variable : c'est pas parce que tu defeques / te laves avec du savon dans la riviere que deux metres plus loin il va pas y avoir madame - point de machisme la, simple constatation factuelle, les Chiennes de garde n'ont pas franchement sevi dans le coin - qui fait sa vaisselle / sa lessive et deux metres plus loin quelqu'un qui remplit une bouteille d'eau et en boit une grande gorgee...mmmmmmiam.
Les repas : on bouffe avec...les mains bien sur (voir Elias, La civilisation des moeurs pour une approche theorique de la question de l'introduction de la fourchette - pas pu m'empecher, une minute de culture me semblait necessaire dans cet ocean de considerations intestinales), ou plutot la main droite, la gauche c pour les basses oeuvres comme vous le savez...donc tu prends ton riz entre tes doigts, tu le mets dans la sauce, tu fais une ptite boulette (avec tes doigts toujours), tu attrappes ca et tu le pousses delicatement sans en mettre a cote jusque dans la bouche a l'aide du pouce. Le repas de base (dans l'Inde du sud et en particulier au Karnataka), le thaly, se composant de riz, galette qui peut prendre differentes formes et differentes sauces aux legumes, epices & co et d'un yaourt (curd) pour calmer la douleur...Et puis du the, du the, du the a toute heure du jour et de la nuit.

Les Indiens ont aussi une idee de l'espace intime qui tend, parfois (...), a diverger de la notre, ou plutot, pour faire court, l'idee d'intimite n'existe absolument pas, donc dans les files d'attente ils voient pas pourquoi ils laisseraient 70 cm entre deux personnes, ca sert a rien et puis y'a beaucoup, beaucoup de monde, donc tout le monde se colle a toi et t'as interet a faire pareil sinon tu te fais taxer ta place en moins de deux. De meme, un type tres intrigue par le fait que t'aies la peau blanche et que tu voyages seul (chez eux etre seul deux secondes ca n'existe pas..) peut venir se poser a cote de toi, ie a 40cm, et attendre en regardant fixement ce que tu fais, ca lui pose pas de probleme. La premiere fois tu te demandes ce qu'il te veut, et puis tu t'habitues.

Ils sont hyper curieux de tout, mais d'une curiosite saine, empreinte de naivete ; ils te demandent tout le temps d'ou tu viens, meme si la France ca leur dit rien, veulent se faire prendre en photo et que tu leur montres le resultat sur l'ecran du numerique (et quand y'en a un qui te le demande tu peux etre sur qu'il y en a 15 qui suivent donc tu finis immanquablement par organiser 18 photos de groupe par jour) . La question bonus, apres les immanquables "Country?" et "Name?", a laquelle j'ai eu droit 2-3 fois etait "Qualification?". Et la, instant d'hesitation : me dois-je, dans une perspective de valorisation a long terme du diplome HEC dans ls pays emergents a fort potentiel, de mettre enb avant la triple accreditation AACSB bidule dont jouit l'Ecole, et me targuer d'un Maters Degree truc much? J'ai prefere opter pour un plus humble "business" qui a semble satisfaire mon interlocuteur qui m'a confie etre lui aussi dans le commerce d'etoffes.

et 12 facons de raconter son histoire... je commence a me faire aux histoires du Vishnou, de Shiva, Parvati et autres Ganesh et a pouvoir me faire des visites de temples sans l'aide du guide. Et puis du the, du the, du the a toute heure du jour et de la nuit. Donc, vous laurez compris, a part ces quelques ajustements a la marge, c'est assez facile de voyager compare a d'autres endroits du monde, les trains arrivent a peu pres a l'heure (bon ok ton numero de wagon n'est pas ecrit sur ton billet et y'en a 20 par train en moyenne, et les classes ne sont pas toujours positionnees de la meme maniere, ce serait un peu facile), les bus finissent par partir (l'idee du remplissage se rapprochant en revanche davantage du taxi-brousse que du confortable bus parisien de milieu d'apres-midi, y compris pour des trajets un peu longs...), y'a meme des avions low cost que je vais m'empresser de tester pour aller a Delhi, en gros ca devrait aller...a suivre.

Quelques mots d'introduction

Certains d'entre vous le savent, je suis parti pour deux petits mois de vadrouille en Inde, sac au dos, comme une transition entre New York et Paris. Arrivée a Bengalore, retour de Delhi (pour les noms de villes ou de régions citées ici, la petite carte ci-dessus peut être utile, j'avoue moi-même une ignorance crasse en la matière avant d'y mettre les pieds). Entre les deux, l'ambition modeste sinon de comprendre - peine perdue pour un esprit occidental, faconné par le rationalisme cartésien, la laicité, et autres concepts peu en vogue en Inde - du moins de me faire une idée de ce pays-continent sur lequel j'avais tant lu, vu et entendu. Ce blog pour vous faire partager mes impressions, mes surprises, mes humeurs...
Bonne lecture, vos commentaires sont évidemment les bienvenus (et pardon d'avance pour le manque d'accents, les claviers indiens y sont réticents)