dimanche 18 février 2007

Une rencontre


Dans le train de Delhi à Varanasi, j'ai eu la chance de partager le compartiment de quelqu'un de passionnant ; elle s'appelle Juhi Sinha, a un âge fort respectable et un mari ancien ministre de plusieurs gouvernements indiens. De son côté, elle produit et réalise des documentaires sur différentes régions de l'Inde. La conversation à bâtons rompus toute la matinée m'a permis de confronter mes impressions furtives sur le pays à sa connaissance fine. Non contente d'être extrêmement cultivée et donc passionnante, elle s'avère d'une grande gentillesse et m'invite à passer la voir à Delhi.
De retour de mon périple au Rajasthan, je prends donc le chemin de Panchsheer Park, quartier résidentiel de New Delhi. Elle m'accueille avec un sourire bienveillant malgré mon grand retard lié aux embouteillages monstrueux et à ma méconnaissance totale du quartier, peu aidé il est vrai par un chauffeur de rickshaw qui n'avait jamais du mettre les pieds dans le coin auparavant.
Je reconnais alors l'homme que j'avais furtivement aperçu portant ses valises jusqu'a son compartiment : son ministre de mari! Lui aussi fait preuve d'une grande attention et m'accueille avec simplicité et gentillesse. Juhi me raconte le tournage à Bénarès et m'écoute raconter mes impressions. Content de pouvoir échanger avec quelqu'un de cultivé, qui a voyagé, étudié, apprécié la finesse des cultures asiatiques et européennes.
Intéressant aussi de découvrir l'intérieur d'Indiens aisés, leurs murs tapissés de souvenirs de voyages dans tout le pays, leur collections de bibelots de bon goût.
Ils pensent venir en France en mai et je me ferai un plaisir de les accueillir alors...

Dernière étape : Agra


En arrivant a Agra, un seul but : découvrir le Taj Mahal. Ce monument est en fait une tombe, celle que le Shah Jahan, empereur moghol, avait fait construire pour sa maîtresse, Mumataz Mahal. Il fait encore nuit lorsque le site ouvre, à 6 heures, puis rapidement les premières lueurs du jour viennent donner une vision furtive, dans la brume, du palais. Celui-ci se découvre ensuite petit à petit, laissant émerger la parfaite symétrie des tours et des bassins qui mènent de la porte d'entrée au batiment lui-même.



Puis le soleil fait son apparition, les brumes disparaissent et le Taj est là, majestueux, tout en légèreté, en harmonie. Pour qui a vu les flèches émerger petit à petit de la nuit et des brumes, le spectacle est assez émouvant. Les murs de marbre blanc sont décorés de fleurs sculptées ou peintes et de reproductions de sourates du Coran. Une grande douceur émane du lieu, quelque chose de paisible malgré le nombre croissant de touristes qui afflue à mesure que le jour avance. Certainement un des moments dont je me souviendrai...


L'après-midi, visite du Fort Rouge, impressionnant aussi mais qui pâlit de la comparaison avec le Taj.
Retour à Delhi pour une dernière journée avant le départ.



vendredi 16 février 2007

Rajasthan 2: de Jodhpur a Jaipur

Jodhpur est connue comme la ville bleue : toutes les maisons de la vieille ville sont peintes de cette couleur et, vues du fort qui les surplombe, elles forment un ensemble coherent, chatoyant, assez charmant. A part ce fort (magnifiquement conserve et restaure par le maharadjah), la ville vaut pour ses petites ruelles aux maisons colorees, ses habitants accueillants. Le soir, on remonte au fort totalement deserte pour un diner d'anthologie : on entre dans les remparts, un garde guide vers l'ascenseur (!), construit dans la muraille meme, qui mene a la terrasse qui domine toute la ville : vue magique! Quelques tables sont disposees la, des serveurs en habit traditionnel servent un delicieux thali, l'atmosphere est des plus paisibles...grand moment.
De Jodhpur, nuit de bus vers Udaipur et arrivee vers 5 heures. La chambre donne sur le lac, on apercoit au fond le Lake Palace, hotel mythique, qui semble flotter sur l'eau tant rien d'autre que ses pierres blanches n'en depasse. Matinee passee a recuperer de la nuit de bus bien pourrie par quelques voisins ronfleurs, virages saccades, freinages intempestifs et autres joies du transport en bus en Inde (ou ailleurs).
Le City Palace, c'est-a-dire le palais du maharadjah de la ville, est un scandale : un vrai gachis! Il y a la un patrimoine architectural magnifique mais tellement peu entretenu qu'il en perd completement son charme. Je me fais d'ailleurs la reflexion a differents endroits en Inde : il semble que tous n'aient pas pris conscience de la necessite (ne serait-ce que pour conserver l'interet des touristes, qui sont la principale source de revenus du Rajasthan) de preserver le partimoine et l'environnement. Sacre defi en perspective pour les gouvernements indiens a venir. Udaipur n'echappe donc pas a la regle : le palais est franchement decrepi, et du coup on se lasse vite.
Promenade sur le lac l'apres-midi pour aller voir de plus pres le Lake Palace et diner sur une petite terrasse a la vue imprenable sur...le lac. Vous aurez compris, on a vite fait le tour, et pour tout dire ce n'est pas mon etape preferee.
Bus vers Pushkar ou j'arrive a la nuit tombee. C'est une petite ville qui est devenue depuis les annees 70 un repere de hippies ; je pensais y trouver une atmosphere un peu tranquille mais c'est tout le contraire. Le centre-ville est minuscule et surpeuple de touristes et de tout ce qui va avec, auberges bon marche bien bruyantes, restos chers pour ce qu'ils proposent, magasins d'artisanat/souvenirs dont les proprietaires vous accostent tous les dix metres. De quoi me faire fuir en courant. Je reste une journee le temps de faire le tour du centre-ville, des ghats et du temple, pas grand-chose de plus, je fuis vers Jaipur.

Jaipur compte deux millions d'habitants, c'est la capitale du Rajasthan, grande ville archi-bondee a la circulation impossible et a l'atmosphere irrespirable. Encore un bonheur pour un asthmatique comme moi. Je prends une voiture (ici, les locations se font toujours avec chauffeur, quiconque a deja connu les routes indiennes comprendra pourquoi ils ne laissent pas un Europeen s’aventurer seul sur les routes) pour deux jours d’excursion dans la region. Direction Neemrana, fort du XIVe siecle retape par un Indien et un Francais qui l’ont transforme en hotel. Un endroit magique, perdu dans la campagne. Le lendemain, depart vers Samode, autre palais-hotel magnifique, decorations d’une finesse incroyable dans toutes les pieces, des fleurs, des pierres precieuses, des miroirs, encore une merveille de l’art musulman. Retour le soir a Jaipur pour un diner dans le tout nouveau Pizza Hut de la ville, qu me change un peu des thalis, kofta, masala dosa, et autres galettes a tremper dans des sauces diverses. Marrant (ou triste je ne sais pas) de voir la classe moyenne indienne decouvrir la junk food a l’americaine. Ils sont un peu comme les enfants qu’on emmene au Mc Do, heureux comme tout, ebahis par ce nouvau concept, des clients reves.
c Le lendemain, je reserve d'abord mon billet de train pour Agra au terme d'une lutte acharnee avec le fonctionnaire du Northern Indian Railway qui, pour s'eviter de consulter les disponibilites des dix trains de la journee, m'a repondu que seul le train de six heures du matin etait libre. C'est ca, prends moi pour un c..Bref, liste d'attente pour le train de 10h03, ca fera bien l'affaire, au pire je monterai dans le train et je chercherai un siege.
Ensuite, 8Roupies et 25 minutes pour un bus qui m’emmene au fort Amber, a 10km du centre-ville. Il est perche sur une colline et on y accede par une rampe qu’empruntent egalement des elephants qui trimbalent des touristes un peu feignants jusqu’en haut. Je prefere la stabilite de mes pieds a celle des pachidermes, sur lesquels les touristes assis n’ont pas l’air rassures. Le fort lui-meme…je manque de superlatifs pour ne pas me repeter, bref c’est beau. Grand, aussi. J’aime bien. Trois etoiles, comme on dit dans les guides. (Six ans d’etudes pour en arriver a pareille richesse de vocabulaire, je m’epate, parfois). Le maharadjah s’etait fait une vie assez tranquille : il a fait construire des chambres pour chacune de ses 29 femmes (et d’autres encore pour ses 200 concubines) et les faisait aligner l’apres-midi dans la cour pour en choisir une pour la nuit ; celle-ci est alors paree des plus beaux vetements, bijoux, saris et amenee par des porteurs vers la chambre du souverain ; toutes les pieces sont la aussi ornees des plus belles couleurs, decorations, pierres precieuses. On s'imagine la vie incroyable qui devait prendre place ici il y a quatre siecles.
Fin d’apres-midi au palais des vents (je sature des palais, pour tout dire), puis depart le soir vers Agra en bus.

vendredi 9 février 2007

Rajasthan 1 : de Delhi a Jaisalmer

Apres une visite eclair de quelques monuments phares de Dehli dans la journee, et une petite alerte au pickpocket (sans gravite) a la gare (mythique!) d'Old Delhi, me voila parti pour 20 heures de train en direction de Jaisalmer, a l'extreme Ouest du Rajasthan, derriere le desert du Thar.
Jaisalmer n'est pas loin de la frontiere pakistanaise, et les tensions sont vives entre les deux pays meme si la guerre proprement dite se concentre au Cachemire ; sur la voie de chemin de fer parallelle a la notre, je vois passer un train transportant des chars, "surveilles" par des soldats avachis sur des chaises longues qui n'ont pas l'air franchement stresses... Je tente une blague aupres de mon voisin de compartiment soulignant que les soldats n'ont pas l'air d'etre sous pression...aie aie aie...celui ci s'avere etre un pilote de l'armee de l'air et me repond d'un ton un peu agressif "what do you mean we are not under pressure? We are in war, ok, in war!". Fin de la discussion. Les trois dernieres heures du trajet ont ete longues, tres longues.
A l'arrivee a Jaisalmer, des rabatteurs de tous les hotels et chambres d'hotes agressent litteralement les touristes qui descendent du train. Moi qui avais vecu la tranquillite des villes du sud, ca me fait tout drole...On a l'impression d'une enorme ville touristique, mis on s'apercoit tres vite que tous s'arrachent la meme vingtaine de touristes et que la plupart des hotels sont vides. Je loge dans la vieille ville, dans un haveli, petit palais construit sur plusieurs etages autour d'un patio, decorations un peu semblables a ce qu'on trouve au Mahgreb...le tout pour moins de 3€ la nuit. Sans doute une des meilleures chambres dans lesquelles j'ai dormi.
Jaisalmer vaut avant tout pour sa forteresse en gres jaune eclatant qui jaillit du desert, et pour ses dizaines de magnifiques havelis construits a partir du XVIIIe siecle par de riches marchands. Atmosphere tres agreable, je suis invite a boire le the chez des grands parents qui gardent leur petite fille, joyau de la famille. Communication limitee car mon hindi se limite a une dizaine de mots et leur anglais ne va pas beaucoup plus loin. On me me montre les photos de famille, le mariage des grands parents, la photo du fils parti travaillr a Delhi, la petite derniere dans un photo-montage kitschissime avec la vielle ville en arriere-plan, je felicite et felicite encore. Moment sympa. Je deploie moultes stratagemes pour m'echapper avant le dejeuner.
Les petites ruelles de la vieille ville et leurs marchands en tous genres sont agreables pour flaner a l'ombre, l'apres-midi passe vite...
Je repars le lendemain en bus vers Jodhpur, la ville bleue.

samedi 3 février 2007

De Delhi a Allahabad, en passant par Benares

Apres avoir passe quelque huit heures a l'aeroport de Madras en attendant que ces messieurs d'Air Deccan aient fini de rafistoler le moteur, j'ai atterri a Delhi a deux heures du matin. La chambre que j'avais reservee, dans un quartier assez populaire et anime (la journee) de Delhi, avait bien sur entre temps ete refourguee a quelqu'un. Me voila donc a trois heures du mat', apres avoir erre dans les rues (pas eclairees evidemment, et sans indication de noms de rues, ce serait un peu facile) avec un taxi qui ne connaissait rien, a reveiller le portier de mon hotel d'origine pour qu'il veuille bien me trouver une piaule pour le reste de la nuit. Chose faite apres un ou deux coups de fil : un jeune garcon vient me chercher et nous traversons le quartier en silence dans les rues sombres, avec pour seule compagnie un ou deux ivrognes, les vaches et quelques chiens qui aboient a notre passage. Bienvenue a Delhi.
J'atterris donc dans un hotel miteux ou deux pigeons ont la bonne idee de venir roucouler sous ma fenetre des potron-minet (j'avais envie de la caser celle-la, depuis que je me suis fait coller a la dictee de Pivot). Nuit pourrie apres un voyage pourri. J'attaque donc Delhi de bonne humeur...
Je me promene un peu dans le quartier mais la ville est si grande, si agressive, si polluee, et manque tellement de charme au regard de ce que j'ai vu avant, qu'elle ne me fait absolument pas envie.
Je la quitte le soir pour attraper mon train pour Benares (dont le nom officiel est Varanasi, les deux etant employes indifferemment).

L'arrivee a Benares, vers midi le lendemain, avec quatre heures de retard, est assez mouvementee ; c'est la ville la plus visitee en Inde, avec ce que ca peut avoir de penible : nombreux rabatteurs qui tentent tout pour vous amener vers les hotels qui les paient, sollicitations incessantes des commercants...Le rickshaw m'annonce, apres une demie-heure a touche-touche dans les embouteillages, qu'il ne peut pas m'emmener dans la vieille ville, au bord du Gange, ou se trouve mon hotel, parce qu'il y a trop de monde et que les ruelles sont fermees a la circulation. Me voila donc avec mon barda a tenter de tracer mon chemin dans des rues completement encombrees de toutes sortes de vehicules et d'animaux (gare aux coups de corne des vaches qui n'aiment pas etre poussees...) de la ville moderne pourr arriver dans le dedale (!!!) de ruelles minuscules de la vieille ville. Un type me dit qu'il va a mon hotel et pretend m'y accompagner, je me laisse guider tant il est impossible de trouver son chemin par soi-meme.

L'auberge est construite sur la rive, au-dessus des ghats (quais), avec une jolie vue sur le Gange et une petite cour interieure abritee du soleil. Sympa. Je fais la connaissance de deux photographes francais tres cools avec qui je vais passer les jours suivants. Nous partons ensemble a la decouverte de la vieille ville tout l'apres-midi avec un jeune guide, Manish, tres sympa et plutot honnete. Il connait tout et tout le monde et nous evite toutes les sollicitations des commercants et rabatteurs qui, voyant qu'on est avec lui, ne viennent pas nous aborder. C'est reposant...
La ville peut au premier abord paraitre assez repoussante : dans ces ruelles qui parfois ne laissent passer qu'un homme de face, les odeurs sont fortes, les vaches et leurs bouses nombreuses, les velos arrivent parfois vite, bref on n'est pas tres tranquille. Mais la vieille ville et les rives du Gange possedent un charme certain, d'abord troublant, effrayant par moments, et finalement assez envoutant.
Benares est d'abord connue en Inde parce que l'on vient y mourir : dans la religion hindoue, ceux qui meurent a Varanasi et font ensuite bruler leurs cendres selon une ceremonie rituelle rejoignent directement le nirvana, la paradis hindou, sans passer par le cycle des reincarnations. On trouve ainsi sur les ghats, ces quais blancs en escalier, des vieillards qui attendent la mort. Croisant le regard d'une vieille dame assise en tailleur dans un grand denuement, entoure d'un strict minimum d'affaires, je demande au guide qui m'accompagnait ce jour-la : est-ce une mendiante? Il me repond : non, non, elle avait beaucoup d'argent mais elle a tout laisse a ses enfants et maintenant elle s'est assise la en attendant de mourir. Il se trouve que son fils possede la barque qui nous avait emmenes sur le Gange le matinmeme...
Les ghats sont le theatre chaque matin a l'aube des ablutions dans le fleuve sacre : chacun se deshabille plus ou moins et vient se laver, prier le dieu Gange (la "seconde mere" pour les hindous"), et finalement boire une gorgee d'"eau sacree" (et neanmoins degueulasse) du fleuve. Benares etant la ville la plus visitee d'Inde, les touristes sont nombreux qui longent en barque les quais et photographient les ablutions ; les hindous font preuve d'une grande tolerance vis a vis de ces yeux inquisiteurs qui les contemplent a demi-nus entre la toilette et la priere...
Mais l'endroit le plus marquant de la ville est certainement le ghat ou se deroulent les cremations : dans les ruelles alentours, a la tombee de la nuit, on entend les tambours annoncer l'arrivee d'un cortege funeraire ; on apercoit alors a quelques metres un corps, enveloppe d'un linceul de couleur, porte par la famille. Le convoi se dirige alors vers le lieu de cremation proprement dit : il achete les 150 kilos de bois necessaires a la cremation qui sont disposes en un lit aupres des neuf autres corps qui vont bruler simultanement. La famille descend alors au bord de l'eau pour immerger le corps dans l'eau une fois, puis remonter le poser sur le lit de bois. le corps est recouvert de bois et le fils aine, lorsque c'est le pere qui est mort, le benjamin si c'est la mere, qui s'est rase la tete et les sourcils et a revetu une sorte de sari tout blanc, va chercher le feu sacre dans un grand foyer (le "feu eternel", qui sert a toutes les cremations et ne se serait pas eteint depuis 3000 ans), se rapproche du corps, et fait cinq fois le tour du bucher pour l'allumer. La famille reste ainsi, trois heures durant, a regarder le corps se consummer. Les restes non brules sont jetes sans le Gange.
Les corps brulent a toute heure du jour et de le nuit, mais c'est a la nuit tombee que c'est le plus saisissant : les flammes jaillissent de la nuit, l'atmosphere est lourde, pesante, sans compter les odeurs...on se demanderait presque si tout ca est bien reel...moment vraiment marquant.
Dans le reste de la vieille ville, les lumieres des echoppes ouvertes eclairent les rues une fois la nuit tombee, l'ambiance est tres agreable, chaleureuse ; a l'aube, alors qu'il fait encore nuit noire, avant de partir louer une barque pour aller voir les ghats depuis le fleuve, on partage un chai (the au lait sucre) avec quelques militaires, des vendeurs et des chauffeurs qui embauchent, deja des sourires, une grande convivialite.
Je quitte Benares le troisieme jour au milieu de la nuit pour arriver a cinq heures a 150 km de la, a Allahabad, parce que j'ai entendu dire que s'y tenait la derniere journee de la Khumbh Mela, le plus grand pelerinage hindou ; pour etre plus exact, le plus grand a lieu tous les douze ans et rassemble entre 100 et 120 millions de personnes, alors que tous les six ans a lieu la version reduite, a laquelle ne participent "que" 60 millions de personnes...
Les fideles viennent dans cette ville qui borde egalement le Gange pour se baigner dans le fleuve sacre (meme principe qu'a Benares).
Alors qu'il fait encore nuit, la voiture se gare sur un parking immense en je pars (avec le guide qua j'ai pris pour la journee) en direction du fleuve, suivant les colonnes de gens qui viennent y prier et rejoindre les millions d'autres deja installes depuis quelques jours pour certains, depuis le debut du pelerinage pour d'autres, il y a plusieurs semaines. On marche ainsi dans la penombre qui se fait jour, des kilometres durant, au son des chants religieux assez envoutants diffuses par les hauts-parleurs et la foule grossit, grossit, grosit. On longe des enfilades de tentes surmontees d'un drapeau representant l'ashram (communaute religieuse) auquel ils appartiennent dans leur ville d'origine. Je n'ai jamais vu pareille masse humaine assemblee en un meme lieu (je me demande d'ailleurs si, a part peut etre le Haj a la Mecque, il en existe...). Le plus etonnant est que cette foule qui converge vers un meme lieu, soit quelques centaines de metres en bordure du Gange, le fait dans un calme hallucinant compte tenu de la pression populaire, et si l'on peut se sentir parfois perdu quand le guide s'eloigne de dix metres, on ne se sent jamais vraiment oppresse. Tout le monde va vers la rive, se deshabille, va se baigner et revient en souriant ; le tout se passe dans une atmosphere bon enfant.
A un moment, j'entends comme une enumeration de noms au micro, je demande en blaguant a mion guide s'ils font l'appel, il me repond qu'ils sont en train d'appeler tous ceux qui se sont perdus (sur le mode "le jeune Antoine est attendu a l'accueil par ses parents"). Autant vous dire que ca dure un moment!
Le soir, apres une sieste en ville, je retourne sur le pont qui surplombe le site pour admirer et photographier ces milliers de lampes qui scintillent sur des kilometres, ces colonnes de gens qui rentrent chez eux...souvenir memorable.
Je pourrai raconter pendant des heures la fascination eprouvee durant cette journee, mais je garde ca pour le retour, et je mettrai quand je pourrai quelques photos en ligne qui en diront plus que tous les mots.
Retour a Delhi un peu mouvemente (imaginez l'etat de la gare et des trains qui rejoigent Delhi le soir de la fin du pelerinage!!!)

lundi 29 janvier 2007

Coucher de soleil sur les rizieres a Hampi

Parce qu'un blog de voyage sans coucher de soleil, c'est pas vraiment un blog de voyage...


dimanche 28 janvier 2007

De Cochin a Pondichery

Apres une nuit de train mouvementee en provenance de Ooty, j'ai atterri a Ernakulam Junction, la gare la plus proche de Cochin (Kochi en hindi) ; les quartiers sympas et les monuments se trouvant sur la presqu'ile de Fort Cochin, a une douzaine de kilometres de la gare, me voila parti, a l'arrivee du train a 5heures du mat', pour trouver un rickshaw qui me conduira la-bas. Mon chauffeur met le turbo alors que je ne lui demande que de ralentir : la ville etant completement endormie a cette heure-la, je ne sais pas ou je vais me poser avec mon barda en attendant que restos a petit dej et auberges ouvrent leurs portes. Pas presse d'arriver, donc.
Le chauffeur, arrive dans le coin, tient absolument a m'accompagner a une auberge dans laquelle il touche des commissions, plutot que la ou je veux ; je finis par obtenir gain de cause, mais arrive devant celle que j'avais reperee, il me dit "it's full" et s'apprete a redemarrer alors que le tenancier de l'auberge n'as pas l'air de comprendre pourquoi il repart... Je gueule un coup et finis par aller constater de moi-meme...Il y avait evidemment des chambres dispo. Je serai desormais sur mes gardes en particulier dans les lieux touristiques ou les rickshaws sont souvent les premiers rabatteurs pour les hotels.

Je pose donc mon sac chez Spice Holidays, charmante maison d'hotes ou le proprietaire me conseille d'aller voir le retour de la peche sur la plage proche de la, en attendant que les restos n'ouvrent et que les chambres se liberent dans la matinee...

Spectacle impressionnant, alors qu'il fait encore pratiquement nuit, sur la plage ou s'amoncellent les immondices en tous genres : les barques sont alignees et les pecheurs s'empressent de sortir de leurs filets la peche de la nuit. Ils l'apportent ensuite sur une sorte d'etal a meme le sol, au-dessus duquel un homme affaire sur son carnet gere la criee ; les restaurateurs et commercants s'arrachent ainsi les lots de poissons les uns apres les autres, tandis que les poissons frais continuent d'affluer. Pres de l'eau, des chats et des chiens se partagent les restes de poissons et de pouples sortis des filets et delaisses par les pecheurs.
A sept heures, tout cela est fini et tous vont boire un petit the ("chai") dans un des cabanons en bord de route aux cotes des chauffeurs de rickshaws qui embauchent.

Je passe le reste de la journee a me promener dans le village, a flaner au bord de la plage en regardant les pecheurs relever leurs carrelets ("chinese nets", qu'ils appellent ca par ici) selon une technique eprouvee qui met a l'oeuvre six hommes qui tirent sur des cordes au bout desquelles de grosses pierres font contre-poids au filet et permettent de le sortir de l'eau. On attrappe les poisons tombes dans le filet, et on le fait retomber dans l'eau pendant une a deux minutes ; puis on recommence...si vous cherchiez a vous faire les bras c'est pas mal comme job.

Le lendemain, journee de croisiere sur un petit bateau dans les backwaters, ces canaux qui longent la cote, entre Allepey (2h de bus au sud de Cochin) et Kollam, 80km plus bas. On y decouvrte la vie au bord de l'eau, les pecheurs, les pirogues chargees de marchandises qui depassent a peine de l'eau, guidees par d'agiles canotiers qui poussent au fond de l'eau de leur longue perche, les pieds en equilibre sur les rebords etroits de leur embarcation...ballade bien tranquille.

Retour a Cochin pour une derniere journee de visite du quartier juif (a peine 15 Juifs y vivent encore, une petite synagogue se visite ; le guide, hindou, a l'air d'en connaitre a peu pres autant que moi sur le lieu...), du palais du gouverneur hollandais (la ville a ete successivement occupee par les Portuguais, les Holandais, puis les Anglais) et ballade dans ces ruelles agreables, baignees de soleil, qui respirent la tranquillite.

De Cochin, nuit de train vers Madurai, au milieu des terres, sur la route de Chennai, ou je passe une journee dans le temple, principal attrait de la ville. Incroyable! Une ville dans la ville, des tours sculptees tout en couleurs a chacune des quatre entrees, et a l'interieur divers temples dedies aux stars habituelles de l'Olympe hindou. Un elephant est pose la, il recolte du bout de sa trompe une piece de monnaie tendue par un touriste, la glisse a son maitre et benit le donateur du meme bout de sa trompe. Il arrive meme a faire l'economie de mouvements superflus en gardant plusieurs pieces dans sa trompe, benissant plusieurs personnes de passage, avant de rendre le butin a son maitre. Assez amusant...On se dit juste, quand en fin de journee il commence a montrer quelques signes d'enervement, qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour qu'il fasse un massacre s'il en venait a charger.
Plus loin, un pretre propose, moyennant trente roupies, d'assurer l'envoi au Paradis des ames des defunts ; une allemande s'y risque qui a perdu son pere recemment ; on lui fait reciter moultes prieres, en hindi bien sur sinon ca marche pas, le pretre benit tout un tas d'offrandes, lui fait faire trois tours sur elle-meme (c'est pas une blague), s'incline lui-meme deux ou trois fois, et apres tout ca dit "i think with this your father and mother should be fine in heaven" ; l'autre s'affole "no, it's just my father!". Pour un peu il aurait envoye sa pauvre mere ad patres, version deux pour le prix d'un. Faut faire gaffe avec ces trucs la c'est dangereux.

Depart de Madurai par le train de nuit vers Chennai (Madras), ou je ne reste que le temps de trouver un bus qui part vers le sud.

Deux heures de bus bonde plus tard, je pose mon sac a Mahabalipuram, ou sont regroupes plusieurs temples des VIe et VIIIe siecles, en bord de mer. Le village, devenu assez touristique recemment, est aussi repute pour ses sculpteurs de pierre dont les ateliers se trouvent tout au long des rues. Impressionnant de voir d'un cote les gros blocs de pierre brute et a quelques metres de la, la finesse des visages de dieux celebres qu'ils ont tailles de leurs mains.

Je profite allegrement de la douceur du climat, de la plage ou est posee l'un des temples, des ruelles paisibles.

En ce moment a lieu le festival annuel de danses traditionnelles du Tamil Nadu (l'Etat dans lequel je me trouver pour ceux qui n'auraient pas suivi) ; je passe donc une soiree a un des spectacles, assez fascinant. La danseuse principale, dans un magnifique costume rouge et or, tres maquillee, un peu comme dans les operas chinois, mime beaucoup, tourne des yeux dans un sens ou dans l'autre, eleve lentement ses mains dans une direction, se deplace douuuuucement, se pose...assez delicat en fait. Un peu lent parfois, mais assez fin dans l'ensemble et tres bien execute. Bon, il y en avait deux autres apres, je ne vous cache pas que j'ai jete l'eponge au milieu mais c'etait une bonne experience.

Aujourd'hui, j'ai passe la journee a Pondichery, deux heures de bus (debout, ca fait long...) plus au sud. C'est vrai que les traces de la presence francaise font un drole d'effet : la rue de la Bourdonnais donne dans Suffren Street, ce qui ne depaysera pas les Parisiens ; on trouve, outre le consulat, une Alliance Francaise, un Lycee Francais, un monument "aux combattants des Indes francaises morts pour la patrie" en 14-18, une statue de Jeanne d'Arc...Ca fait assez bizarre. A part ca, le quartier francais a un certain charme, les maisons sont colorees et l'architecture coloniale presente une certaine coherence. Tout ca a l'air d'etre un peu laisse a l'abandon mais bon. Bref, content d'avoir vu ca, pas une ville dingue mais une petite journee sympa.

Le retour a Mahabalipuram est un peu mouvemente : on (je passe la journee avec un couple de babas cools argentino-allemand qui vendent de l'artisanat a Ibiza en ete et a Barcelone en hiver, tres sympas) n'avait pas prevu que le dimanche soir a la gare de Pondichery, c'etait le retour de week-end (week-end de fete de surcroit, puisque vendredi c'etait Republic Day, jour de proclamation de la Republique indienne, qui n'a rien a voir avec le jour de l'independance, bande d'ignards). A cote de ca, l'A6 le week-end du 15 aout est une gentille promenade de sante : les bus ne sont pas encore arrives (de Chennai par exemple) que les gens courent deja autour et s'agrippent aux portes (enfin, a l'endroit ou il devrait y avoir une porte) en essayant de rentrer avant meme que les passagers en descendent ; des centaines de personnes attendent ainsi et on se dit qu'on n'est pas arrives...On finit pas negocier un prix avec un taxi qui nous ramene a bon port pour une somme modique

Demain, depart pour Chennai ou je prendrai un vol pour Delhi, avant d'attaquer le Nord...

Bete curieuse

J'en ai deja touche un mot, mais il est assez amusant de voir la reaction des Indiens, notamment lors des zones eloignees des grandes villes et du tourisme de masse, quand ils apercoivent des blancs...
Vous debarquez dans un village, de petits groupes sont formes ca et la, et tout a coup , un regard, quelqu'un vous a vu. Le message se repand et tout le monde se retourne comme un seul homme pour vous observer ; les visages montrent d'abord une grande curiosite, puis quelques rires genes, notamment chez les filles. Les plus temeraires des garcons s'approchent doucement, on entend alors un "sir, sir, name, name?" puis, apres qu'on a repondu, "country, country!"...on repond...les groupes se sont rapproches, des gamins ou des jeunes tendent des mains, sourient a tout va ; les adultes, restes a l'arriere, observent la scene et sourient a leur tour.
Point d'orgue de ces prises de contact, la demande de photo de l'un ou de l'autre, generalement de plusieurs a la fois ; on finit donc par organiser un ephoto de groupe pour les 5 ou 6 qui la demandent, a laquelle se joignent irremediablement tous les petits copains...Nouveau moment de rigolade quand ils decouvrent le resultat au dos de l'appareil numerique. On appelle alors tout ce qu'on connait de monde pour faire constater qu'on figure bien sur le cliche. La masse des photographies se grossit alors des parents, grands-parents, cousins, voisins, curieux...Qui veulent evidemment a leur tour une photo. Autant dire qu'on a du mal a en sortir.
En tout cas cette curiosite, bien que pesante a la longue du fait du nombre des sollicitations, reste tres saine, en dehors des coins vraiment touristiques ou certains se mettent a reclamer de l'argent apres avoir demande qu'on les prenne en photo.
S'ajoute ensuite, au fil d'une discussion qui s'instaure, la difference culturelle : tu voyages seul? mais pourquoi donc (air attriste)? (les Indiens, de maniere generale, ne font pas grand-chose seuls, on les voit beaucoup plus souvent en famille ou en groupes d'amis). Tu as 25 ans? Mais...tu n'as pas d'enfants? Meme pas marie? Pour moi, passe encore, mais pour les nombreuses occidentales qui voyagent seules a 25, 30, 40 ans, c'est toujours un casse-tete de devoir expliquer pourquoi elles ne sont pas ave cle mari ; soit elles tachent, chose ardue, d'expliquer que le mariage n'est pas chez nous ausi obligatoire socialement qu'ici, ou qu'elles sont celibataires , soit qu'elles voyagent sans leur mari/copain qui est reste au pays (incomprehension des indiens egalement, quelle sorte de mari faut-il etre pour laisser sa pauvre femme s'aventurer au bout du monde sans l'accompagner?). Bref, il y a de ce cote-la un bon fosse...ce qui etonne c'est que cette incomprehension est parfois assez deconnectee de la categorie socio-professionnelle : on peut ainsi trouver des ingenieurs tres pointus dasn leur domaine qui n'en demeurent pas moins conservateurs dans leurs moeurs ; c'est sans doute l'un des aspects les plus surprenants de cette societe dont tous les aspects ne semblent pas affectes de la meme maniere par les mutations liees au developpement de l'economie et des echanges internationaux.

samedi 27 janvier 2007

Gares indiennes

Il faut revoir legerement la notion de gare quand on arrive en Inde. On ne parle plus exactement de la meme chose.
En France, une gare se resume globalement a quelques michelines sagement alignees, la buvette a Kro-sandwich, 2-3 guichets et la consigne d'usage.
La gare indienne elle, est un lieu de vie a part entiere, d'abord parce qu'on y arrive pas pour prendre un train mais plus souvent pour l'attendre. Je m'explique : l'Inde a le plus grand systeme ferroviaire au monde, et le pays etant relativement etendu, il n'est pas rare que les passagers utilisent 2 ou 3 trains pour des voyages de 10, 20 30, 40, 50 heures du nord au sud et de l'est a l'ouest. Entre deux trains, donc, l'attente. Beaucoup d'attente...
Et c'est la que ca devient amusant : on trouve des gens qui dorment a peu pres partout, par terre, dans les salles d'attente, sur les quais, sur les bancs, contre les murs... Il y a meme des salles de repos ou passer une partie de la nuit ; j'ai rencontre un type, un soir ou je devais poireauter deux heures et demi dans une gare en attendant un train qui venait a deux heures du mat', qui me confiait aller a Bombay, ie a 40 heures de train de la, et preferer "faire l'experience de l'attente eveillee" plutot que d'aller se reposer...ben voyons. Je la retiens celle-la...
Des gens qui mangent, partout egalement. Et de tout, avec les mains evidemment.
D'autres constituent des queues interminables et assez denses (cf ce que je disais sur la proximite qui ne leur fait pas franchement peur) aux guichets pour aller acheter/changer/confirmer leur billet (le systeme Internet est peu repandu et de toute facon tellement complique qu'on prefere aller dans les gares)
Mais c'est sur le quai que l'agitation regne encore davantage : a l'arrivee d'un train, les passagers arrives a leur destination envahissent le quai, tandis que d'autres descendent acheter de quoi subsister pendant la suite du trajet. Des vendeurs ambulants passent ainsi proposer aux fenetres (ouvertes dans tous les wagons sauf les classes superieures) du the, du cafe, des biscuits, cacahuetes... en hurlant le nom de ce qu'il propose, alternativement en hindi et en anglais
Pendant ce temps, les porteurs s'affairent : a l'embarquement des trains de nuit, ils apportent draps, couvertures, taies d'oreiller dans les wagons, sans compter la nourriture proposee a l'interieur du train dans les bonnes classes. On voit donc des types souvent petits et assez chetifs se faufiler au milieu des voyageurs avec des sacs de trente kilos sur la tete...
Les voyageurs, me direz-vous, sont pendant ce temps-la postes devant le panneau correspondant a l'endroit ou leur voiture devrait s'arreter. Ca arrive oui. Mais les trois quarts du temps, soit par manque d'affichage, soit par manque de temps, on ne sait pas sur quelle partie du quai son wagon va s'arreter ; les wagons sont numerotes par type de classe : Sleeper, AS, A, H suivi d'un numero ; mais on ne sait pas si les A, S, et H sont a l'avant ou a l'arriere du train qui compte une bonne vingtaine de wagons! D'ou quelques bonnes minutes de stress et de course sur un quai bonde a l'arrivee du train pour reperer sa voiture. Et la, surprise, les noms des voyageurs sont affiches sur une feuille scotchee sur la porte su wagon! Ce billet aux signes incomprehensibles qui devait en principe vous donner droit a une place dans un train qui, si Shiva le veut et si le temps le permet, devait debarquer au quai numero 17 de la gare trucmuche, prend enfin tout son sens : la, au milieu de la cohue, dans la confusion nocturne d'une gare surpeuplee, miracle, mon nom apparait sur ladite feuille! Je vais finir par croire a la grace, Laurene (Private joke).

vendredi 26 janvier 2007

Touristes indiens en Inde

Peut etre par naivete, je n'avais pas idee du niveau de developpement d'un tourisme domestique en Inde. En me promenant dans le Sud, j'ai pu voir, signe evident du developpement d'une classe moyenne, qu'une majorite de touristes etait indienne, en particulier lors des week-ends et jours feries qui marquaient le nouvel an indien il y a une dizaine de jours.
En discutant avec eux, on se rend compte que beaucoup, originaires notamment du Nord, n'avaient jamais pris de vacances aussi lointaines, et se retrouvant presque aussi desarconnes que nous Occidentaux devant des Karnatakais peu eduques - une majorite hors des grandes villes - qui ne parlent que le Karnara et non l'hindi, et avec qui ils doivent utiliser le peu d'anglais commun aux deux.
Certains ont achete recemment leur premier appareil photo et on sent que les vendeurs d'appareils argentiques et de pellicules -type Kodak- tentent de s'accaparer les faveurs de ce nouveau marche via des tarifs hyper attrayants (appareils aux alentours de 10 euros). On est donc souvent sollicite pour figurer sur les albums souvenirs des Indiens de passage ; de meme que les gamins reclament parfois une piece quand on les prend en photo, un touriste hollandais m'a explique qu'il retorquait systematiquement aux sollicitations par un "yes, sure, it's 10 Roupies". Il faut voir la tete des Indiens a qui un grand hollandais envoie ca, a demi-serieux, avant de ceder evidemment a la photo gratuite.

mercredi 24 janvier 2007

De Hampi a Cochin

En descendant vers le sud, je suis passe par Hassan, qui n'a d'interet que comme port d'attache pour visiter trois sites proches, Belur, Halebid et Sravanabelgola.
La encore, merveilles de l'art hindou : les deux temples de Belur et Halebid, et la statue d'un saint jain a Sravanabidule, haute de 17 metres, perchee en haut d'une colline dont on sent passer les 600 marches. Tous les 12 ans, 100 000 pelerins viennent assister a la "toilette" de la statue qui a vous l'aurez compris un indeniable caractere sacre. j'ai vu des images ca a l'air assez impressionnant...Chaque jour, des pelerins viennent quand meme se faire benir par le brahmane et ecouter des pretres (femmes) toutes de blanc vetues, psalmudier des prieres dont j'avoue de pas avoir saisi toute la substance. Bref, y'a de l'animation la haut et la statue est assez imposante.
Les temples, quant a eux, ne sont pas seulement des lieux de priere et des joyaux architecturaux mais aussi des lieux de vie, on vient y dejeuner en famille, s'y reposer sur les pierres fraiches, mediter... L'atmosphere y est donc tres agreable et on y passe facilement l'apres midi en attendant que la chaleur tombe.
Quelques guides proposent des visites, on en fait une ou deux puis on se lasse de la description une a une des centaines de figures representees sur chaque mur. Quand on a compris un peu de quoi il s'agissait et qui etaient les principaux protagonistes, on arrive a se faire les visites tout seul et c'est quand meme plus agreable.
De Hassan, on descend vers Mysore, connue pour le palais du Maharadjah qui fait un peu Alice au pays des merveilles, bon c'est certes impressionant de faste et on se dit qu'il a du falloir un certain nombre d'heures de boulot pour realiser ca, mais bon c'est pas tres finaud. Une tentative de marier les arts hindou et musulman par un archtecte anglais, bof.
En revanche j'ai aime le marche, ses couleurs, ses etales aux pyramides de fruits impeccables, ces vendeurs de couronnes de fleurs. Avec un marchand d'une genre particulier qui vendait des huiles essentielles, un gamin de douze ans capables d'interpeler les touristes dans toutes les langues (je l'ai vu alpaguer un danois et une coreenne ebahis dans leurs langues respectives, tandis qu'il m'a accoste d'un "eh mon pote, viens voir mes huiles, j'ai des huiles essentielles super"), qui tient des carnets pour chaque pays dont sont originaires ses clients et ou ceux-ci racontent leur visite, les prix qu'ils ont paye et leur satisfaction. Moyennant quoi ca met en confiance et on se laisse evidemment tenter...
De Mysore, bus vers Ooty, station d'altitude qui etait appreciee par les Anglais et aujourd'hui par la haute societe indienne ; on y visite des plantations de the et on prend l'air avant de redescendre vers les plaines...
Un train miniature conduit a Conoore puis a Mettupalayam a travers les montagnes. Tout est en bois, y compris la fermeture des compartiments qui donnent sur la voie, le train avance a deux a l'heure mais c'est magnifique et la proximite (!) sur les banquettes favorise la discussion. J'ai ainsi appris que j'avais eu de la chance : la voie avait ete fermee depuis des mois a cause de pluies torrentielles qui avaient provoque des eboulements ; elle avait ouvert la veille et simplifie la vie des Indiens du coin qui avaient du se taper des detours de dingues pour aller bosser.
De Mettupalayam, gare de transit, j'ai pris un billet en "general compartiment" (comprenez le wagon a bestiaux, pas de siege attribues et trois fois plus de billets vendus que de sieges. Le train va vers Chennai, ie 12 heures de trajet de nuit. D'ou la cohue quand j'ai essaye de descendre apres une heure de trajet pour changer de train : une centaine de personnes essayant, des l'arrivee du train en gare, avant son arret et la descente des passagers, de grimper pour arracher un bout de banquette ou de porte-bagages pour y passer la nuit. J'ai alors compris pourquoi on m'avait conseille de "me preparer a la descente"...
Bref, changement et train de nuit pour Cochin.

Hampi

Hampi est situee dans le Karnataka, au sud-ouest de l'Inde, a une nuit de train de Bengalore. Je m'y rendai donc 24h apres etre descendu de l'avion.
En un mot, Hampi est l'ancienne capitale du dernier royaume hindou, detruit en grande partie par les musulmans au XVIe siecle ; une cite incroyable, un joyeu de l'Orient, la capitale du commerce des pierres precieuses et des etoffes, les marchands venaient de Chine et de toute l'Asie pour vendre leurs biens..la ville comptait a l'epoque plus d'un demi million d'habitants! (a mettre en perspective avec la population mondiale de l'epoque, c'est enorme!). La ville toute entiere etait construite autour de l'idee du bonheur et du repos, du plaisir et de la meditation, et avec quel faste! Elle est batie au bord de la Tungabhadra, ou les gens continuent de venir se baigner et faire des ablutions...difficile de mettre des mots sur le sentiment de calme et de plenitude qui y regne.
La majeure partie des temples a ete detruite mais ce qu'il en reste donne une idee de la splendeur d'alors. Les sculptures, souvent extremement bien conservees, relatent des episodes de la mythologie hindoue, representant des scenes du Mahabharata, ce long poeme (90000 versets!) epique redige au IIeme siecle et qui fonde de nombreux principes de l'hindouisme. D'apres ce que j'ai pu voir et lire, c'est en gros la lutte du Bien (represente par les freres Pandava) contre le Mal - c'est original - represente par leurs cousins les Kaurava. Bref c'est assez sanglant. Parait qu'il existe une version en francais, je suis pas sur de conseiller a tout le monde ca m'a l'air assez penible.
Donc pour revenir a nos moutons, Hampi est assez extraordinaire par le souvenir qu'elle epoque d'une sorte d'age d'or de l'hindouisme et reste un endroit tres paisible ou , sur les conseils de David D., j'ai pu profiter de cette merveille qu'est le Mango Tree, restaurant consrtuit en escalier au milieu des bananeraies ou l'on deguste des mango lassi a l'ombre au bord de la riviere, ca permet de mettre les choses en perspective nettement plus facilement.

Premières impressions

Voici une dizaine de jours que je suis parti, et en vrac, quelques impressions avant d'entrer dans le detail du periple

On a eu beau me le dire quinze fois, et j'ai beau avoir un peu voyage avant de venir ici, c'est vraiment une autre planete ce pays! Un choc assez impressionnant pour les yeux, les oreilles, le nez, le cerveau... il s'agit juste d'oublier tous ses reperes et ca se passe bien...les rues ont des noms mais personne les connait, meme si tu te trouves sur l'artere principale d'une ville d'un million d'habitants sans le savoir, tu demandes a quelqu'un ou est l'avenue en question et personne n'en a aucune idee..les gens se reperent au visuel, ils savent ou est la poste, le marche etc. mais les noms des rues non.
Il y a aussi les carrefours sans aucun feu nulle part, ambiance genre place de l'Etoile, avec des pousse-pousse, des voitures, des camions, des bus, des pietons (traduction : souvent des gugusses avec trente kilos d'affaires sur la tete et un truc a pousser), des velos (meme topo, avec l'option trimbalage de branches/plantes/truc s divers qui font passer un velo de 50cm a 2m de large) arrivent a toute blinde sur le carrefour en meme temps...eh ben...ca passe. Ah j'oubliais qu'il fallait pas deranger la vache - sacralite oblige- qui a decide de faire la sieste au milieu du carrefour donc on passe a cote.
L'idee d'hygiene, quant a elle, est un peu a geometrie variable : c'est pas parce que tu defeques / te laves avec du savon dans la riviere que deux metres plus loin il va pas y avoir madame - point de machisme la, simple constatation factuelle, les Chiennes de garde n'ont pas franchement sevi dans le coin - qui fait sa vaisselle / sa lessive et deux metres plus loin quelqu'un qui remplit une bouteille d'eau et en boit une grande gorgee...mmmmmmiam.
Les repas : on bouffe avec...les mains bien sur (voir Elias, La civilisation des moeurs pour une approche theorique de la question de l'introduction de la fourchette - pas pu m'empecher, une minute de culture me semblait necessaire dans cet ocean de considerations intestinales), ou plutot la main droite, la gauche c pour les basses oeuvres comme vous le savez...donc tu prends ton riz entre tes doigts, tu le mets dans la sauce, tu fais une ptite boulette (avec tes doigts toujours), tu attrappes ca et tu le pousses delicatement sans en mettre a cote jusque dans la bouche a l'aide du pouce. Le repas de base (dans l'Inde du sud et en particulier au Karnataka), le thaly, se composant de riz, galette qui peut prendre differentes formes et differentes sauces aux legumes, epices & co et d'un yaourt (curd) pour calmer la douleur...Et puis du the, du the, du the a toute heure du jour et de la nuit.

Les Indiens ont aussi une idee de l'espace intime qui tend, parfois (...), a diverger de la notre, ou plutot, pour faire court, l'idee d'intimite n'existe absolument pas, donc dans les files d'attente ils voient pas pourquoi ils laisseraient 70 cm entre deux personnes, ca sert a rien et puis y'a beaucoup, beaucoup de monde, donc tout le monde se colle a toi et t'as interet a faire pareil sinon tu te fais taxer ta place en moins de deux. De meme, un type tres intrigue par le fait que t'aies la peau blanche et que tu voyages seul (chez eux etre seul deux secondes ca n'existe pas..) peut venir se poser a cote de toi, ie a 40cm, et attendre en regardant fixement ce que tu fais, ca lui pose pas de probleme. La premiere fois tu te demandes ce qu'il te veut, et puis tu t'habitues.

Ils sont hyper curieux de tout, mais d'une curiosite saine, empreinte de naivete ; ils te demandent tout le temps d'ou tu viens, meme si la France ca leur dit rien, veulent se faire prendre en photo et que tu leur montres le resultat sur l'ecran du numerique (et quand y'en a un qui te le demande tu peux etre sur qu'il y en a 15 qui suivent donc tu finis immanquablement par organiser 18 photos de groupe par jour) . La question bonus, apres les immanquables "Country?" et "Name?", a laquelle j'ai eu droit 2-3 fois etait "Qualification?". Et la, instant d'hesitation : me dois-je, dans une perspective de valorisation a long terme du diplome HEC dans ls pays emergents a fort potentiel, de mettre enb avant la triple accreditation AACSB bidule dont jouit l'Ecole, et me targuer d'un Maters Degree truc much? J'ai prefere opter pour un plus humble "business" qui a semble satisfaire mon interlocuteur qui m'a confie etre lui aussi dans le commerce d'etoffes.

et 12 facons de raconter son histoire... je commence a me faire aux histoires du Vishnou, de Shiva, Parvati et autres Ganesh et a pouvoir me faire des visites de temples sans l'aide du guide. Et puis du the, du the, du the a toute heure du jour et de la nuit. Donc, vous laurez compris, a part ces quelques ajustements a la marge, c'est assez facile de voyager compare a d'autres endroits du monde, les trains arrivent a peu pres a l'heure (bon ok ton numero de wagon n'est pas ecrit sur ton billet et y'en a 20 par train en moyenne, et les classes ne sont pas toujours positionnees de la meme maniere, ce serait un peu facile), les bus finissent par partir (l'idee du remplissage se rapprochant en revanche davantage du taxi-brousse que du confortable bus parisien de milieu d'apres-midi, y compris pour des trajets un peu longs...), y'a meme des avions low cost que je vais m'empresser de tester pour aller a Delhi, en gros ca devrait aller...a suivre.

Quelques mots d'introduction

Certains d'entre vous le savent, je suis parti pour deux petits mois de vadrouille en Inde, sac au dos, comme une transition entre New York et Paris. Arrivée a Bengalore, retour de Delhi (pour les noms de villes ou de régions citées ici, la petite carte ci-dessus peut être utile, j'avoue moi-même une ignorance crasse en la matière avant d'y mettre les pieds). Entre les deux, l'ambition modeste sinon de comprendre - peine perdue pour un esprit occidental, faconné par le rationalisme cartésien, la laicité, et autres concepts peu en vogue en Inde - du moins de me faire une idée de ce pays-continent sur lequel j'avais tant lu, vu et entendu. Ce blog pour vous faire partager mes impressions, mes surprises, mes humeurs...
Bonne lecture, vos commentaires sont évidemment les bienvenus (et pardon d'avance pour le manque d'accents, les claviers indiens y sont réticents)